Disponible, à l'écoute et maitrisant parfaitement son sujet, François Chérèque, secrétaire général de la CFDT a fait salle comble, hier soir en Mairie du 3e. Plus de 200 personnes étaient venues l'entendre sur le thème de la soirée : "la crise sociale".Pour lui, la crise financière et, son corollaire, la crise sociale trouvent leur origine dans une crise bien plus profonde du capitalisme mondial : la crise de sens. En effet, petit à petit, les entreprises dont l'objectif initial était de produire des biens ou des services, se sont transformées en machine à créer des moyens financiers. Ce changement du "sens" de ce qu'est une entreprise a eu des impacts majeurs, à la fois sur la répartition des richesses, sur l'environnement mais aussi, plus insidieusement, sur l'organisation du travail dans les entreprises. Ainsi, la crise financière est-elle d'abord le symptôme d'une crise morale et "sociétale".
Cependant, une des conséquences "heureuses" de cette crise est que certains discours qui étaient souvent taxés de "ringards", sont désormais écoutés. La dénonciation des salaires astronomiques de certains dirigeants fait désormais la Une de la presse et oblige le gouvernement à céder (comme sur l'affaire récente de Mr Proglio). De même, la pression insoutenable que fait peser la nécessité de rentabilité financière sur les organisations de travail est désormais mieux prise en compte dans le discours public.
Pour F. Chérèque, la gauche française se trompe dans son analyse de la répartition des richesses. Le problème n'est pas seulement dans le transfert de la valeur ajoutée des salaires vers le capital mais aussi dans la redistribution entre les salariés.
Ainsi, on distingue aujourd'hui trois catégories de salariés dont les situations diffèrent radicalement. Les salariés "pauvres" (précaires) ont des salaires systématiquement tirés vers le bas. Les salariés au SMIC voient leur salaire augmenter plus vite que les salaires moyens. Les hauts salaires (du premier décile) explosent avec des managers intéressés à la rentabilité financière de l'entreprise.
Deuxième élément, plus spécifique à la France, la redistribution vers les actionnaires s'est faite au détriment des investissements et de la recherche, choisissant de fait le bas de gamme (nous mettant en concurrence avec des pays plus pauvres et plus compétitifs sur ce secteur) et appauvrissant mécaniquement le pays (attitude complètement inverse de nos voisins allemands qui ont massivement investi dans la recherche et dans le haut de gamme).
La situation économique n'est toujours pas bonne pour les salariés (100.000 chômeurs de plus en 2010). Les plans sociaux perdurent dans les petites et moyennes entreprises et l'Etat n'agit pas pour préserver les compétences et aider les entreprises à "passer la crise" en mobilisant, par exemple, massivement le chômage partiel. Le problème de pouvoir d'achat reste entier. Dans certains cas (ex.: Caterpillar) le sauvetage du site a été réalisé en augmentant la pénibilité du travail et en supprimant des primes... ce qui aura, à terme, des impacts sur la consommation, d'une part et sur les systèmes de santé, d'autre part.
La CFDT propose trois pistes dans le cadre d'un sommet social qui ne serait pas uniquement centré sur les retraites :
1) Réparer la crise (à court terme) en aidant mieux les 800.000 personnes qui seront en fin de droits en 2010, en renforçant de manière pérenne les moyens de Pôle Emploi, en renforçant notre dispositif de formation.
2) Préparer demain, en négociant dans toutes les entreprises sur la sortie de crise (faire le choix de l'emploi plutôt que celui des heures supp. défiscalisées ou des contrats précaires de type CDD, négocier sur le pouvoir d'achat, sur l'accès des jeunes à l'entreprise pour conserver le savoir faire des seniors qui vont la quitter).
3) Construire l'avenir en réinventant une organisation où les objectifs de l'entreprise sont discutés avec les salariés, avant d'être entérinés par les actionnaires et les managers. Ainsi, la rémunération des managers pourrait être indexée sur l'atteinte de ces objectifs, à la fois financiers, mais aussi sociaux et environnementaux.
Suite à cet exposé, les questions-réponses se sont succédées, permettant à François Chérèque de revenir sur le sujet du moment (les retraites) et sur bien d'autres questions (la pénibilité au travail, la syndicalisation dans les TPE, les questions de formation, la CES, etc.).
Prochaine réunion Esprit Public, dans le cadre des festivités du Nouvel An Chinois en Mairie du 3e, le mercredi 17 février à 19h, sur le thème "Où va la Chine" avec comme invité exceptionnel Jean-Luc Domenach.




0 commentaires:
Enregistrer un commentaire